Septembre 1972.  Un samedi matin.  Un soleil blême auréole de gloire notre matinée juvénile. Nous sommes cinq amis à partir de la marina de Chicoutimi-Nord pour aller conquérir le Saguenay. Le vieil Evinrude 1960 ronronne ses 10hp approximatives.  Je rassure mes amis frileux d’aventures : c’est leur première expédition « en pleine mer », en dehors des livres.  Un petit nordet fait un gentil clapot qui fait lui-même de gentilles moustaches à la gentille étrave du Nordet, mon premier bateau. 

 

 

Eh ! Oui, j’étais voué au culte d’Éole, faut croire, puisque mon bateau actuel s’appelle le Suroît…  Les vents dominants.  Beau temps.  Mauvais temps.  Des noms que je n’ai jamais choisis pourtant.  Nordet (nord est et mauvais temps), Suroît (sud ouest et beau temps). 

 

Nous sommes heureux comme des poissons dans l’eau….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 Soudain, parlant de poissons et d’eau, Jean-Pierre Bhérer, mon grand chum de dortoir pis de confidences, me demande, un peu vert :

 

-  Coudonc, Raynald, c’tu normal qu’y ait tant d’eau au fond du bateau ?

Sûr, que je lui dis, cé normal.  C't un bateau de bois.  Ç'en prend un peu...                        

  Mais je vais quand                    même voir, en bon capitaine. Shit !! Si vous aviez vu l’eau par dessus le plancher !                      La pompe travaille fort pourtant….   Mais pas assez !!

-  Voilà un sceau…

Ça ne suffiit pas. 

-  Voilà des foams. 

-  Ouais, ben on a

    de l’eau jusqu’à

    la cheville, là là

-  Le moteur est noyé

-  Ok, je me dirige vers

    le rivage là-bas, là là

-  Prends cette rame-là,

    pis toi, cette planche-là,

    pis ramons !!

    Ramons là là!

    Ramons !!

    Ramons là là!!!

    Ramons là là!!!!

    Ramons !!!!!

    Ramons !!!!!!

    Ramons !!!!!!!

 

 

Nous ramons!!!!!!!!… Jusqu’à …là! c'est à dire une petite plage où nous trouvons un plat suffisant pour nous échouer et béquiller là làNous sommes verts.  

 

Je débarque le lunch que personne ne mange.  La marée baissant, nous pouvons nous réparer temporairement. Je calfeutre avec de la guenille la voie d’eau. 

 

Pourrie, l’étrave !!!  Belle surprise !  Que la peinture qui la faisait tenir.  Un bateau tout neuf !  Euh ! un achat tout neuf là là… 

 

Mais nous pouvons rallier plus tard la marina à la marée suivante.

 Veeeeeeeeeeeeeeeeerts, les mecs...    glouglouglou ♫♪