Nous, vos humbles sujets venus en Nouvelle France pour étendre le
règne de Dieu et celui de votre Gracieuse Majesté, voulons
vous témoigner notre gratitude éternelle pour le contingent
de gentes de dames que vous nous envoyâtes de la douce France afin
de donner à nos soldats et colons le soutien dont ils avaient besoin
pour créer et procréer une descendance nombreuse de loyaux
sujets de votre Majesté.
Raynald de Collard, intendant de votre Majesté en Nouvelle France.
"Le dépit
amoureux ici, Monsieur le Président, s’il devait être coté
en bourse, défoncerait tous les records de hausses.
Le suicide de nos gars aussi : c’est le seul record mondial qu’ils
détiennent actuellement. Ils ne se manquent que rarement".
Lettre au Président
de la République française
Votre excellence,
J’ai eu l’occasion de faire mention auprès de votre équivalent historique de la grande part exercée jadis par ce que nos historiens ont appelé les filles du roi. Cependant ce n’est pas sur elles que portera mon propos, mais sur les filles de leurs filles de leurs filles de leurs filles, qui semblent vouloir souffrir encore longtemps du syndrome de ce que le théologien et philosophe américain Sam Keen appelle le féminisme idéologique.
Plusieurs d’entre nous songeraient bien à coloniser une autre planète, mais c’est problématique, vous le comprenez. Mars, avec ses cavernes de gars, est trop froide pour aller y faire griller nos saucisses. Vénus est trop chaude et, de toute façon, déjà propriété de ces dames. Et nous sommes à des années-lumière de la planète du milieu. À moins que… À moins que nous tombions dans la négoce… Pas avec elles : elles sont armées jusqu’aux dents et tirent sur tout ce qui bouge. Mais avec vous : que diriez-vous de nous recoloniser à neuf?
Écoutez, Monsieur, le Président, j’avais pensé… Et bien voyez-vous… votre ancêtre Louis XIV nous avait arrimé sur un de ses navires un bon contingent de Françaises pas trop gâtées, avec assez de front pour traverser un océan, mais avec assez de réserve pour ne pas passer le reste de leur vie à s’en vanter… Et elles ont fait bon ménage avec les soldats et les colons, puisqu'elle ont contribué largement à faire de la Nouvelle France ce qu’elle a été et du Québec ce qu’il est aujourd’hui. Malheureusement, les filles du roi ont pris goût à gagner toutes les lotos… elles en font une overdose et elles ne sont plus endurables. Elles ont maintenant, dans leurs garde-robes tout un lot de pancartes pour célébrer leurs moindres petites traversées de mare d’eau : la journée de ci, l’année de ça, le ralliement des femmes de ci, la maison des femmes de ça, le Conseil du statut de ci, le parti de ça…
Ici, Monsieur le Président, c’est une obsession structurelle… : la seule véritable érection encore à la mode, c’est l’érection de statues féministes. Si vous voulez avoir une statue d’homme, vous devrez vous payer un statut de Premier Ministre, et pas n’importe lequel.
Tenez par exemple, c’est à la mode de refaire le passé. Ici on R É P A R E le passé. Dans le secteur de l’enseignement où je travaille, la statue moderne de l’égalité des conditions de travail ne suffisait pas, il fallait défaire à la masse l’ancienne et la cloner sur la moderne (ordinairement, c’est le contraire qu’on clone, non?) , histoire de parquer deux statues semblables sur le panthéon de la sainte Égalité. Alors nos elles ont forcé le gouvernement à injecter près d’un milliard (pas des francs, j’entends) pour niveler artificiellement à la hausse les échelles de traitement en donnant à toutes celles (il y avait des ceux aussi), qui avaient " oublié " de se recycler, des années de scolarité gratuites. " Et c’est pas fini, qu’elles nous disent : on en veut encore plusse! "
Alors j’avais pensé, Monsieur le Président, vous proposer un truc : un troc, plus précisément. Il faut inventer, être créatifs, non? nous n’avons plus le choix. Suivez le mouvement : nous vous envoyons un bon contingent de nos adolescentes attardées, qui n’en finissent plus de se faire plaisir solitairement avec le féminisme idéologique des années 70 et vous nous échangez ça contre un bon contigent de nanas adultes, qui ont cessé de peser sur le même vieux bouton du sexisme à l’envers et qui sont capables de vivre maintenant avec un mec.
Je sais : un contingent de guerrières extraverties, plus vites que leur ombre sur la gâchette des gadgets néo-féministes (harcèlement, violence, pensions alimentaires, pensées impures, pures fantaisies, fantaisies pures), c’est un lourd contingent de dangerosité à absorber. Ici, Monsieur le Président, nos filles sont équipées comme sur vos Concorde, avec tout un tableau de bord plein de boutons pour s’envoyer en l’air: un pour le chum qui a parlé trop fort, un pour le répondeur qui a enregistré plus de 3 messages du même gars, un pour celui qui vous a fait du charme, un pour les services juridiques (gratuits seulement pour elle), un pour les services d’aides aux femmes (gratuits seulement pour elle), et elles sont équipées de revues et de publications diverses… N’essayez pas de trouver autre chose à lire dans les aéroports, urgences d’hôpitaux, bureaux de consultation et salons de coiffure. D’ailleurs quand l’une d’entre elles part sur une lire, vous n’avez qu’à aller feuilleter un de ces magazines, et vous êtes assuré qu’elle vont toutes s’accorder sur la même note, car elles lisent toutes – et en même temps – le même petit sondage sur la longueur idéale du pénis ou la méconnaissance scandaleuse du point G par ces imbéciles d’hommes, le même reportage sur les vertus anti-dépressives du millepertuis ou sur les nouvelles crèmes à épiler.
Je ne devrais pas vous dire tout cela, j’en conviens. Je risque de compromettre le troc. Mais consolez-vous, il vous en restera, vous autres, quand même de 24 à 26 millions pour vous réchauffer le coeur, non? Et puis elles ont une qualité, nos tannantes : elles s’intègrent bien. Prenez ma sœur, par exemple : elle, elle demeure à Nantes depuis une vingtaine: c’est une vraie française, je vous jure : elle a tout adopté : le mec, l’accent, les valeurs, la maturité post-féminisme, bref elle a maintenant toutes les qualités d’une vraie femme!
Imaginez : nous, il nous en restera encore trois autres millions et demi pour déposer des gerbes sur le tombeau du souvenir des soldates expatriées... Vous serez perdants au début, j’en conviens, car elles vont sûrement mettre leurs pancartes en excès de bagages (nous, leurs excès, ça fait 30 ans qu’on se les pèse…) et vous les brandir au nez dès les soutes à bagages vidées à Charles-de-Gaule, mais songez à l’apport inestimable qu’en retireraient vos mecs un peu rassis sur leurs discours de mâles trop tranquilles. Pensez-y, ce contingent de caisses de sang nouveau (ce n’est qu’une suggestion!), que nous pourrions recevoir avec … les prochains arrivages de caisses de vin nouveau, apporterait ici, j’en suis sûr, un nectar de fraîcheur nationale à notre vie de mecs particuliers, de plus en plus castrée par la morosité et le dépit.
Le dépit
amoureux ici, Monsieur le Président, s’il devait être coté
en bourse, permettez que je vous le redise, défoncerait tous les
records de hausses. Le suicide de nos gars aussi : c’est
le seul record mondial qu’ils détiennent actuellement. Ils
ne se manquent que rarement.
…un homme qui rêve encore de pouvoir rêver
…un Québécois qui voudrait bien s'alléger du Q majuscule qui lui écrase le coeur !
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