Une journée de l’homme? Jamais.
Madame,
Le 8 mars au matin, dans mes messages, j’avais, en provenance de mon frère, un envoi à tous soulignant avec force majuscules la Journée internationale de la femme. Quelle connerie! me suis-je dit. Si j’étais une femme ce matin, ce serait ma fête. Mais pourquoi donc ai-je cette impression persistante que je ne tire aucun avantage d’être un homme. Pourtant je suis enseignant, je ne suis pas bête, j’ai un bon poste, j’ai réussi à me relever d’un divorce qui ne m’a pas tout bouffé. Mais une sorte de rancœur m’enlève toute empathie envers la féminine condition. Et quelle condition féminine, nom de Dieu! Que l’on parle des victimes de l’intégrisme musulman, j’en suis, des abus dans les réserves autochtones, j’en suis, des traditions humiliantes dans les tribus africaines, j’en suis encore. Mais que fait dans la rue notre guerrière québécoise, porteuse de l’étendard de tous les problèmes féminins du monde? On dirait qu’elle a pris goût à la guerre, notre guerrière, non?
« Les filles sont dynamiques, brillantes et « allumées ». Elles sont bien organisées, intelligentes et n’ont pas peur de prendre leur place », écriviez-vous à l’occasion de la journée internationale de la femme. Le corollaire étant, vous en conviendrez, que les garçons sont peu dynamiques, peu brillants, pour ne pas dire « éteints ». Qu’ils sont mal organisés, pas intelligents, et ont peur de prendre leur place.
Je crois,
Madame Gruda, que vous avez pourtant bien posé le problème.
Que les explications sont valables. Mais qu’il en manque l’essentiel
: l’impression de plus en plus répandue chez les mâles
que les femmes ont pris davantage que leur place, qu’elles ont pris toute
la place. Je m’explique.
Nées de la cuisse de Vénus
« Les filles (…) dynamiques, brillantes et allumées » dans mes classes me semblent être le produit d’une société féministe et sexiste. En Chine, elles eurent été une mauvaise nouvelle à la naissance. Ici, à la naissance, c'est le garçon qui en est une: on peut même dire qu'il a déjà le poids de la preuve à faire qu’il n’est ni un futur agresseur, ni un futur délinquant, ni un futur fauteur de troubles dans les classes, ni un paresseux, etc, etc. La fille, elle, à sa première respiration, bénéficie déjà du statut particulier d’une société maintenant faite pour elle, la poussant tous azimuts vers la réussite et l’ambition. Ça, ça s'appelle des conditions gagnantes.
En effet elle fera, tout au long de sa vie, partie d’un réseau complexes de soutien et de dépannage qui l’emmaillotera dans le succès. Services infirmiers et sociaux dans les écoles, centres d'aide, centres de femmes, Conseil du statut de la femme, Femmes de carrière, aide juridique, discrimination positive à l’embauche, La page féminine, Centre d’emploi pour femmes, etc, etc, etc. Il suffit d’ouvrir un journal pour voir la liste s’allonger de jour en jour. Il suffit d’ouvrir la radio ou la télé pour constater que rares sont les bulletins de nouvelles qui n’ont pas un topo sur la chose féminine. Inexistantes sont les journées où il n’y a pas une ou plusieurs émissions consacrées encore à la chose féminine. Falardeau parle de la revue L’actualité, comme d’une revue de dentistes, mais ce sont les valeurs féminines qui traînent dans toutes les autres salles d’attente, à travers les revues de femmes, pour femmes. Faut-il s’étonner que les gars ne feuillettent que les pages des petites culottes et des soutiens-gorge?
Ces groupes de pression, faut-il le rappeler, qui sont souvent largement subventionnés par les impôts des mâles, entre autres, ouvrent des carrières à vie à des femmes dont le seul rôle sera de faire marcher une machine à propagande pro-féministe. Comme Stéphane Dion, à Ottawa, payé uniquement pour taper sur le même clou du Québec. Alors se multiplient les conférences de presse, les communiqués aux médias, les manifestations de toutes sortes, histoire d’occuper au maximum la maison de fous des communications. A-t-on un seul exemple à me donner qu’il existe quelque chose d’équivalent pour les garçons?
Les héroïnes et les zéros
Étrange, la propension actuelle de tirer du passé et du présent nombre de modèles de femmes susceptibles d’inspirer nos jeunes filles. Toute une littérature féministe issue de la Révolution tranquille s’y est consacrée. Et le cinéma a suivi pour en faire la promotion. La comédie nous montre-t-elle autre chose qu’un gars qui se fait fourrer sur toute la ligne par une belle brillante au profil hollywoodien?
Étrange, la même propension aussi à dénigrer les héros masculins du passé. À en en montrer l’humaine faiblesse. Quand ce n’est pas la couardise ou la lâcheté. Comme si leurs actes de courage devaient avoir été l’effet du hasard ou d’une heureuse erreur. Madeleine de Verchères et Marie de l’Incarnation sont restées d’excellents souvenirs dans la mémoire collective. Les nouveaux historiens ont peinturé notre Dollard national en bandit qui visait mal et qui s’est fait sauter avec le baril de poudre.
Peut-on me montrer un héros québécois? Ce mâle de téléroman, ce looser, dénoncé l’an passé par le comédien Luc Picard? Cet éternel perdant des Plaines d’Abraham et des référendums, victime de la confiance ou du complot? Ce père éjecté du domicile familial, qui s’est fait dépouiller à l’os à son divorce, et qui s’ennuie dans son petit deux et demi au fond d’un sous-sol? Ou, paradoxalement, ce gagnant, qui joue au hockey (le héros, pas le jeune) et qui représente le multimillionnaire - que le garçon ne pourra jamais devenir, cela va de soi - qui se drogue et roule en Ferrari en vendant ses services comme un mercenaire qui a compris le sens du business? Il est où le héros des garçons québécois? Dans les jeux vidéo? Bien possible. Mais c'est dangereux, ça joue dur ces héros-là...
Je crois moi aussi que l’intégrisme musulman est bien plus violent que l’intégrisme féministe. Le premier égorge, le second nous serre la gorge.
Et puis fuck! Qu’on arrête de jouer sur les mots. Promulguons une semaine des femmes, avec une journée pour l’Algérienne égorgée, une autre pour l’Africaine excisée et ainsi de suite. Et le dimanche, notre amazone québécoise trouvera que son œuvre était bonne et elle se reposera, maudite marde! Et elle fera brûler ses pancartes pour aller retrouver le Martien qui ne veut plus sortir de sa caverne depuis belle lurette. Et convertissons les milliers d’emplois de propagande en travail bénévole. On verra bien si la solidarité féminine était si profonde…
Raynald Collard
Baie-Comeau