
Les Îles
Marina de Havre-Aubert juillet 2003
En arrivant
à la hauteur de la dune de Sandy Hook, à Havre-Aubert, une image pittoresque.
Matin timidement ensoleillé. Une plage au grain fin très blanc. Sur la plage,
un chien promène son maître. Les maîtres ont besoin d’exercice, tout le monde
sait ça. Et ce sont les animaux qui élèvent les maîtres. Daniel Pennac a bien
raison là-dessus, car celui-là tire fort sur la laisse pour le forcer, le sien,
à accélérer le pas. Et lui, il résiste. Les maîtres sont si paresseux…
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Les Îles, ce sont de longues dunes de sable, donc d’immenses plages, réunissant 3 principaux blocs d’îles : celle du Havre-Aubert, celle du Cap-aux-Meules et celle de la Grande-Entrée. Par la mer, c’est donc une alternance de magnifiques caps de grès rouges, aux formes spectaculairement sculptées par la mer, et de longues dunes d’un sable presque corallien qui les réunissent entre elles à la façon, sur la carte marine, d’un gigantesque hameçon. « Maintenant que l’éléphant de gros Cap, s’est effondré, me disait joyeusement tout à l’heure le propriétaire de la base de plein air L’Istorlet, on va pouvoir relancer le kayak de ce côté-ci! » Et oui, les éléphants aux Îles sont en grès rouge. Dans les années 70, à ma première visite par le traversier, je m’étais amusé à photographier les formes anthropomorphiques (humaines et animales) dans ces rochers. J’ai des carrousels complets de diapos sur le sujet.
Les Madelinots sont environ 15,000 habitants permanents. Mais ils se retrouvent à 60,000 en été avec les touristes. Le même nombre d’entre eux vivrait à Québec ou Montréal, dit-on… Les Madelinots sont charmants. Ils adorent rendre service. Avant hier, à la clinique de massage Salon Nadeau d’Étang-du-Nord, On est venu me chercher au quai pour la séance, puis on est venu me reconduire. Pas mal, hein? Mieux que ça. J’y avais oublié des choses. On est venu me les porter au quai. Mieux encore? La personne en question m’avait donné une adresse pour le "Pot-en-pot aux fruits de mer" de tante Yvonne, gagnante de recettes régionales dans le cadre du Salon de l’Agriculture. Je lui ai manifesté mon vif intérêt. Il devait m’en apporter le lendemain. Mais 20 minutes plus tard, il revenait encore avec le met en question et un dessert signé Tante Yvonne. Et la recette en sus. Tiens, je lance l’idée. Celles (seulement les « elles », je suis célibataire, quand même!) qui voudront la recette de ce pur délice, je vous la fais parvenir en fichier joint. (Atlantique0@hotmail.com). Ou si vous préférez l’artiste en direct : Yvonne Bouffard, 986-3715)
Je crois qu’ils aiment tout simplement faire plaisir. Une sorte de sensibilité particulière anime leurs rapports avec les gens de mer. Pêcheurs et plaisanciers se respectent. Je vois les yeux des pêcheurs s’agrandir un peu quand je leur dis venir de Baie-Comeau. « Tu es tout seul? ». Les commentaires s’arrêtent là. Tout est dit. Je comprends que je viens d’acquérir un statut particulier. Eux sont d’excellents navigateurs côtiers. Ils accostent leurs bateaux, le cul au quai, comme des artistes. Pour eux, le continent, c’est par le traversier ou l’avion. Pas par nos petites coques de fibre de verre.
Une ombre me suit. Ou me précède. C’est un Aloa 27, à coque et mâts noirs. Et oui, mes amis me voient venir… TARA. Tarawinning.com, c’est écrit en blanc sur fond noir à son mât. Tout un programme. Suroît et Tara dans le même Grand Triangle PQM, ça faisait des flammèches. Même que le comité organisateur a cru bon de mettre un peu d’eau sur les braises qui risquaient d’enflammer la guenille… L’an dernier, à Matane, on s’est rentré dedans, croyant avoir tous les deux raison. Le Suroît en a encore les cicatrices sur son étrave. Cette année, Tara me fait encore de l’ombre. Regardez bien l’image jolie : Suroît, bateau blanc, un ange. Tara, bateau noir, l’ombre maléfique. L’ange et le démon dans un combat singulier. Je ris. Ce qui est quand même amusant, c’est que dans un espace qui s’étend sur des centaines de milles nautiques entre Chicoutimi et les Îles, l’ombre est toujours là. Elle me précède à l’Anse-à- Beaufils, à 210 milles de nos chassés-croisés. Puis elle me suit à Havre-Aubert, 140 milles plus loin.. On se salue toujours presque chaleureusement.
Ce que je veux dire, c’est d’abord que nous sommes des coqs, nous deux. Mais aussi qu’en bateau, les routes se rejoignent souvent dans les grands axes de navigation. Tadoussac, Gaspé, Anse-à-Beaufils, Îles-de-la-Madeleine. Des carrefours. Et forcément on finit par se lier d’amitié avec certains équipages. Les coqs finissent toujours par partager le partageable. Dans certains cas, comme May l’eau Dye, le bateau qui remorquait un voilier à la hauteur de Cloridorme, on s’échange des adresses de courriel, mais aussi des cartes marines, puis on se donne rendez-vous pour une journée de ski au Massif l’hiver suivant. Avec certains, comme Mary-Madeleine, qui partait pour le Lac Bras d’or ce matin par le détroit de Canso, on échange des informations pertinentes.
Des mecs de voile, ça parle bateau, bien sûr. Mais ça se donne continuellement des trucs. La météo dans certains secteurs, elle doit être interprétée de quelle façon?
Ce soir, souper aux fruits de mer chez mon ami stagiaire Madelinot Dany Déraspe à son gîte de Pointe-aux-Loups, le Lagon bleu (969-4665). Demain, Baie-St-Laurent, Cap Breton.
Le lagon bleu:
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