J’aime arriver à un endroit neuf. Par la route, un ensemble de panneaux indicateurs et de signes visuels nous aident à décoder rapidement le point de chute de notre visite. Sur l’eau, il y a des cartes, des instruments électroniques. Surtout le jugement. La validation des données pour éviter tel écueil, garder le bateau dans le meilleur chenal possible. Il faut décoder. Ce matin en arrivant aux abords de l’île au Marteau, dans l’archipel de Mingan, il y avait un sérieux haut fond à éviter. Rochers à fleur d’eau, non visible de la surface. Aucune bouée pour en signaler les limites. Que l’œil et les instruments pour pouvoir le contourner. Il a fallu tracer une route imaginaire pour contourner ces récifs et la suivre. Il faut contre vérifier, mettre en doute ses données, établir la certitude.
Après mon coup de cœur pour Harrington Harbour, il fallait bien être déçu de quelque chose. Le village m’a paru un tantinet piège à touristes avec peu de choses à offrir, à part la renommée de Vigneault et la fin de la 138. À la seule station de radio, de type communautaire, les animateurs sont totalement nuls. De quoi enrager. Certains ne savent pas lire deux lignes de texte sans trébucher sur chaque mot. J’ai sorti mes CD. Pour le reste, je pense que la route a tout changé. Je le constate d’autant qu’ici, 38 milles nautiques plus loin, à Baie Johan-Beetz, il y a des similitudes avec les villages côtiers "préasphaltiens".
Maisons proprettes et colorées. Trottoirs de bois pour les piétons. Mais c’est un village vide. À part la très belle hôtesse à l’accueil de l’édifice municipal, je n’ai vu que des personnes âgées. Ici la route a fauché activités portuaires, hôtel, camping, épicerie, magasin général, et probablement les jeunes. Il n’y a même plus de dépanneur. Tout le monde va acheter à Havre-St-Pierre. Plutôt désolant.
Le Havre, c’est le festival acadien qui m’accueille. Jolie marina, creusée au cœur même de la Minganie par Parc Canada. Un brise-lames construit intelligemment, aménagé en promenade. Les bateaux d’excursions dans les îles ont augmenté mais restent discrets, contrairement à l'affluence tonitruante de Tadoussac. Il faut dire que la dimension est différente ici. J’étais de passage il y a 6 ans. Rien n’a changé : de magnifiques quais, mais pas plus de capitainerie. Plaignez-vous à Parc Canada, me dit la dame à l’accueil. Je sourcille. S’il avait fallu penser de même chez nous, on en serait encore dans le trou squatté de l’ancien quai du traversier à ramasser nos bateaux en pièces détachées après chaque tempête.
Ce que nous avons chez nous ne paie pas de mine, mais nous avons tous les services des grandes marinas. Cependant, il faut être aussi réaliste. Le temps de la phase 3 est arrivé. Les pontons devront être renouvelés sous peu, ils ont 25 ans. Arrivé aussi l’aménagement du terrain et la construction d’une vraie bâtisse. Et pour ça, il faudra s’allier à des partenaires. Des promoteurs oui, mais la Municipalité devra se mouiller aussi. C’est le prolongement naturel du Parc des pionniers. Avec l’ouverture du quai public, nous avons là un centre majeur d’attraction pour retenir les gens à Baie-Comeau et …le tourisme. Dans les dizaines de villes et villages côtiers que j’ai visités, plus de 2200 km, la constante est toujours la même : le touriste moyen vient des grands centres urbains et recherche une vue sur ce qu’il n’a pas : la mer, les mammifères marins, les produits frais (on devrait pouvoir acheter encore du pêcheur), l’horizon, le silence. Le silence. Tant qu’à trébucher sur le mot, pourquoi Abitibi-Console n’accomplit-elle pas un petit acte de civisme à ce propos, près des quais, en remplaçant le hurlement tonitruant et débile du train par une barrière de passage à niveau…silencieuse, urbaine et toute aussi efficace. Pas facile de décompagniser cette ville-là… Bonne fin de vacances…