Brahms
et la gravité
Bonjour!
Quel joli texte! Quelle belle question! Oui, j'aime Brahms. Sa gravité surtout, ses grands mouvements de l'âme.
Pourquoi donc alors suis-je en train de t'écrire? Je crois bien que c'est TA question qui hantait mon esprit au moment où j'ai trouvé sur le trottoir ce dix sous. Un sou noir, c'est la cenne de la chance. Un dix sous, c'est quoi?
Il y avait donc ce dix sous en conjonction avec ta question.
Alors je fais abstration de ton entité physique et m'adresse à ta deuxième dimension pour satisfaire le simple goût de t'écrire. Le goût de pianoter un clavier d'ordi sur la symphonie no 1 de ... Brahms.
L'envie aussi de rompre la monotonie de la traversée de mon désert. Traversée entreprise cet été à la suite de la rupture avec mon amie de coeur. Une femme de coeur. De coeur et d'esprit. A qui il manquait un corps. Un corps que j'ai cherché pourtant. Dieu que je l'ai cherché ! Mais à trop tâter le vide, j'ai fini par le perdre, lui, et la perdre,elle.. A trop fouiller un lit, l'on se retrouve au milieu d'un désert déserté de son oreiller et que les désirs ont fui avec les draps. La désertification du couple commence toujours par l'assèchement du désir de l'un, non?
- On n'a pas tort de comparer Brahms à Beethoven. Ils devaient être tous les deux socialement autistiques.
Le désert dont je te parle me rappelle celui du Petit Prince. Moi, je suis l'aviateur qui essaie, la tête plantée sous le capot de son aéroplane, de réparer un moteur récalcitrant et de répondre en même temps aux questions sibyllines d'un enfant qui a perdu sa planète. Cet enfant, c'est moi aussi, à trois ans, timide, effrayé à l'idée de déranger Quiquecesoit (un inconnu!), mais qui exige maintenant qu'on lui fasse un dessin. Qu'on lui explique pourquoi les épines ont des roses. Surtout à la St-Valentin.
Pardonne le style métaphorique. Si j'en use, c'est que tu aimes Brahms. Et quelque chose me dit que tu connais Kundera et peut-être Pennac. Et puis ce sont sans doute les vents du désert qui font si bien siffler les métaphores. Car ces trois-là font vibrer les cordes de l'art.
J'aime la vie, même s'il m'arrive parfois de commettre le péché de penser qu'elle doit être liée à un amour partagé . Moi aussi, j'ai pu être tenté de lier le mot espoir à son préfixe. C'est que je croyais pouvoir contourner, pour l'éviter, le nécessaire désert, l'incontournable quarantaine de la mémoire et des sens, décrétée par la loi de la rupture.
Voilà peut-être où ils se rejoignent ces deux-là (les musiciens de la lourdeur): dans le sens tragique de la réalité. Dans l'accent grave du destin. Strauss, Verdi et Vivaldi devaient avoir tété longtemps le lait de la sérénité pour produire des oeuvres à faire danser. Essaie, si tu peux, de danser sur un air de ces deux-là. Oui, peut-être que des passages de la Symphonie Pastorale t'inspireraient quelques pas. Mais ça s'arrêterait à peu près à l'ouverture. Pour le reste, tu devrais ramper toi aussi dans le sous-sol des basses.
Mais
les basses, c'est la vibration de la terre, non? Le coeur de la terre
qui bat aux basses.